"Combat avec l'Ombre "est une pièce venue de Belgique adaptée et mise en scène par Frédéric Dussenne, tirée du roman d'Henry Bauchau "Le boulevard périphérique".

Très belle surprise avec la découverte de ce spectacle intime, profond et généreux  "Combat avec l'Ombre"  .A l’affiche jusqu’au 28 juillet à 20h au Théâtre des DOMS

 

Un texte magnifique  plein de sens qui paraît simple très accessible, mais qui est merveilleusement écrit. Il est  véhiculé  par la voix particulièrement très chaude, agréable apaisante du comédien narrateur  (Jérémie Siska) et souligné par la magnifique présence d’Emmanuel Gaillard, un  fantôme  qui prend vie de temps en temps en étant tour à tour la voix de Stéphane ou de son bourreau et sur lequel les mots du narrateur rebondissent et trouvent tout leur sens tout en   laissant une part libre a notre  imagination rien ne nous est imposé.

 

Une mise en scène sobre , narrative à mi-chemin entre le cinéma et théâtre et la psychanalyse .De plus pendant toute la représentation, les comédiens sont filmés, en un découpage ciselé des parties corporelles qui font sens pour le récit, essentiellement en très gros plans projetés sur le mur fond de scène , nous offrant l'accès à leur intimité : c’est ce qui intensifie merveilleusement la portée du texte que nous recevons, mais 1es  images vidéos restent très discrètes laissant une  place totale à la dramaturgie et à une parfaite psychologie des profondeurs des personnages :le narrateur, Stéphane –maître de l’escalade et le résistant prisonnier et torturé- et Shadow-l’officier nazi-   

 

Coups de cœur pour ces deux magnifiques acteurs aux nombreux talents : Jérémie Siska formé au Conservatoire de Mons dans les ateliers de Frédéric Dussenne est aussi auteur  de « Titre provisoire » et « Calentour  » et est licencié en journalisme,

 tandis qu’Emmanuel Gaillard venu du monde du cirque rencontre ce dernier par les

créations  « Un pays noyé » et celle des « Hamlet(s) » qui le conduira à lui demander de mettre en scène son propre travail solo de cirque et théâtre pour son spectacle « Fond de tiroir »

 

Le comédien et récitant  semble fusionner ici avec la propre histoire personnelle de l'écrivain qui a vécu les évènements traumatiques de la guerre et du nazisme, lui-même résistant ayant rejoint Londres .Ce que confirme Frédéric Dussenne  «  Ce récit de la mort de Stéphane , il le porte en lui comme en témoignent deux feuillets extraits de ses inédits de 1944/45  »-propos recueillis par Virginie Devillers-.

En effet, l’auteur décrit dans « Le Boulevard périphérique », deux récits : celui de la belle fille atteinte d’un cancer qu’il va visiter régulièrement .Hors la route empruntée l’oblige à passer par les boulevards .Il est ce conducteur pris dans les bouchons dont l’esprit le ramène à ce récit de ce résistant prisonnier Stéphane.

 

On partage parfaitement l'amour, le respect et l’admiration du metteur en scène aussi adaptateur pour le texte et son auteur .Et ce n’est as la première fois comme il le confire à la journaliste Virginie Devillers :« Il m’est arrivé avec ce livre ce qui s’est produit, il y a presque vingt ans avec  Œdipe sur la route ...Ce qui me bouleverse chez Bauchau,c’est la simplicité stylistique avec laquelle il aborde les problématiques les plus complexes ».Le metteur en scène explique ainsi son choix de mise en scène en ces termes : «Profitant du double jeu « Je » de l’écriture, je les ai appelés l’Un et l’Autre…La parole nous est donc adressée indirectement. Elle passe par les yeux et les oreilles de l’Autre qui se tait ».

 

Le public de tout horizon et âge est venu nombreux : dés les premiers instants scéniques, nous voici  plongés  dans une sensation de lenteur qui n'est pas du tout ennuyeuse bien  au contraire elle est rythmée par la musique extrêmement bien choisie, les lumières, la voix, le  déplacement des corps… Tout cela nous permet de recevoir chaque mot avec  toute la force  et le sens qu'il dégage, chaque intention est inscrite subtilement en nos sens .On se sent comme un poisson dans l'eau  n'ayant plus qu'à se laisser porter par ce qu'on entend et voit. Cela fait comme si cette histoire nous était murmurée individuellement à l'oreille. On nous  transmet parfaitement le trouble ou plutôt les troubles auxquels sont confrontés  Stéphane, le narrateur et Shadow.

 

On apprend leur fragilité ainsi dévoilée sous nos yeux car le maître de l’escalade tant admiré par son ami de rencontre, le narrateur qui souffre de vertige puissant, a de son côté une peur de se noyer. Cette vulnérabilité et le combat de ces peurs qui les taraudent sont  la clé inconsciente qui caractérisera la libération du Je voyant  l’émergence de leur vraie personnalité –Henry Bauchau a d’ailleurs trouvé sa voie d’écrivain au sortir de deux analyses et est aussi lui-même devenu psychanalyste.

 

Ils ont tous leur talon d'Achille comme chacun d’entre nous. On reste durant tout le spectacle  comme en suspension  prêt à être entraîné  par une sorte  de vertige omniprésent : vertige de la hauteur terrestre, vertige des profondeurs , des abîmes, comme ceux vécus par  l’écrivain avant de connaître enfin une forme de renaissance qui vit sa propre catharsis avec le jaillissement de l’écriture, la reconnaissance de ses œuvres mais aussi par la voie de la transmission intime.

Comme l'écrit si bien Frédéric Dussenne :

" La fiction est ici - comme chez Proust - l’occasion d’un dévoilement intime. La mort, le deuil, le sens de l’existence ; la question de l’engagement, les dangers de l’idéal ; le poids de l’erreur ; l’amour qui ne dit jamais tout à fait son nom ; les liens, les déchirures ; le paradoxe de l’insouciance joyeuse et de la connaissance paralysante sont abordés sans fard, tels qu’ils ont été vécus par l’écrivain."

 

Didier Clusel et Safia Bouadan

 

Distribution « Combat avec l’Ombre »

Auteur et metteur en scène : Frédéric Dussenne écriture adaptés du roman d’Henry Bauchau « Le boulevard périphérique »

Interprétation :Jérémie Siska et Emmanuel Gaillard

Vidéo :Yannick Lubaki

Création lumière :Renaud Ceulemans

Régie :Benoît Francart

 

 

 

copyright Mara de Sario

Contact direction: londebleuecrea@gmail.com | Téléphone Association: 0652326052

SIRET :482 146 479 000 35/ Code APE: 90001Z 

Inscrite à la SCPP , la SCAM et la SACD

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now