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"Allers-retours" mise en scène par Alain Batis issue de l'oeuvre d'Ödon Von Horvát


Ce soir là, nos pas nous conduisent au Théâtre de L'Epée de Bois pour y voir la nouvelle pièce produite par La Mandarine Blanche, originale, puissante,dramatique et musicale Allers-retours mise en scène par Alain Batis. Ce spectacle kafkaïen nous amène à réfléchir sur le sens de notre identité, celui de notre appartenance culturelle et sur nos lois nationales avec leur absurdité surtout quand elles nous contraignent à devenir un-e- apatride alors que nous sommes en règle avec le pays qui nous a vu vivre ou celui qui nous a vu naître, comme le récit de cet homme d'aujourd'hui qui a vécu dans le terminal d'un aéroport dont l'histoire a inspiré un film mais aussi le metteur en scène Alain Batis .

Dans cette fable tirée du livre d'Horváth, on se situe en 1933 et le personnage Havlicek est coincé sur un pont jeté entre deux nations, deux espaces de culture et de vie et de l'autre dans sa différence. Il est le jouet, la victime des contraintes administratives liées à l'immigration ce qui fait de lui, un rejeté de la société, un solitaire sans travail et sans soutien de part et d'autre de ce no man's land tragiquement grotesque.

Cette situation a des accents de "déjà vu et vécu", d'autant plus présent à notre conscience que ces histoires se confond avec celle de nos milliers d'immigrés ou de déplacés livrés à eux mêmes et au bon vouloir des gouvernements ou des lois internationales. Toutes sont tristement actuelles telles encore le fait d'hiver lié au bateau " L'Aquarius " soutenu par des ONG Humanitaires qui jugé et condamné comme violant les lois concernant les règlements en vigueur en eaux internationales et l'impossibilité de porter le pavillon pour pouvoir partir. Dans un tollé venu de l'opinion internationale et de plusieurs personnalités du monde de la marine aussi qui dit que tout marin doit porter assistance à un individu en détresse en mer, ils ont dû jeté l'éponge le mois dernier.

A la sortie de la pièce, il nous a paru important d'aller plus loin et d'interroger le metteur en scène scène sur le choix de cette oeuvre et sur son travail.

1/ Pourquoi le choix de cette pièce "Allers retours" d’Ödön Von Horváth et quelles similitudes sociétales y trouve-t-on au regard de deux époques différentes, celle de 1933 et de nos jours ?

Après avoir mise en scène Vers les Cieux et Don Juan revient de la guerre dans le cadre d’un stage de réalisation à Phalsbourg avec Les Tréteaux de France, j’ai souhaité poursuivre avec La Mandarine Blanche, compagnie que je dirige artistiquement cette rencontre avec l’œuvre et sa puissante humanité.

C’est en relisant le théâtre d’Ödön Von Horváth que j’ai découvert Allers-retours. Pièce que je ne connaissais pas. Et que j’ai trouvé étonnante à la première lecture.

La pièce s’inscrit pleinement dans notre projet artistique 2016-2018 autour d’un théâtre des miroirs, aussi je mets en résonance deux pièces, l’une écrite en 2015 Rêve de printemps d’Ait Fayez et Allers-retours écrite en 1933. Autour des thématiques d’altérité, de différences, du rapport à l’Autre. Autour de la question migratoire et des lois administratives. On vit une période où les marchandises circulent plus facilement que les êtres. Où les questions des libertés et de l’hospitalité sont prégnantes.

Evidemment, je n’ai pas vécu 1933 mais j’ai des témoignages de personnes proches qui ont vécu l’arrivée d’Hitler au pouvoir, et cette vague de migrations.

La montée de l’extrême droite aujourd’hui, les déboires économiques, les égarements dans les comportements humains racontent aussi une fragilité dangereuse de l’être et qui appelle à la vigilance. Je perçois Horváth comme un homme profondément « aimant » qui dénonce la bêtise sans concession. Important de faire entendre son œuvre aujourd’hui.

2/ Dans cette tragi-comédie quasi kafkaïenne, pourquoi avoir pris le parti de mêler au théâtre, la chorégraphie, le chant et la musique ?

C'est toujours une écriture qui convoque le choix des arts croisés. La source jaillissante est le poème. Et c’est à la lecture que naît l’imagination de la composition. Cette tragi-comédie a pour source le poème, les mots ce sont des corps parlants dans l'espace, il est nécessaire de les chorégraphier, le chant fait partie intrinsèquement de l'écriture d' Ödön von Horvath, il y a des chansons dans la pièce. L'univers musical et sonore raconte au-delà des mots, la force des silences, les non-dits, et l'impalpable. Il y a la nécessité de chorégraphier les chansons prolongement du jeu.

Deux parties, une cinquantaine de scènes, un carrousel mécanique et musical est à inventer où perlent des flocons d'humanité

3/ Comment avez-vous travaillé avec la troupe ?

Deux temps : un premier où avant de me lancer dans le travail au plateau, je demande aux unes et aux uns de m'apporter « des petites pierres blanches », c'est à dire rêves, visions, corps, matières plastiques, visuelles ou sonores... ce par quoi « elles, ils sont traversé.e.s » à la lecture de la pièce, l’impalpable. Puis dans ce second temps, on glisse vers le travail à table, puis au plateau. Une liberté de jeu qui construit les corps, les imaginaires, l'espace... et moi, en quête d'être ce filtre « aimant »...

4/ Les thèmes soulevés par "Allers-Retours "comme l'absurdité des lois et des règlements imposés par une nation, les préjugés et les difficultés d'intégrer et d'accepter l'autre dans notre quotidien , la pauvreté et la solitude, ouvrent au débat public . A t-il lieu après la représentation. Sinon quelle est la réaction des spectateurs ?

Il y a à l’issue des représentations des temps informels d’échanges avec les publics qui pointent la contemporanéité de la pièce. Nous faisons en permanence ces allers-retours entre 1933 et 2018. Les publics sont à la fois en empathie avec la pièce, avec les personnages, à la fois en questionnement sur ces dérives de nos comportements humains. Au final se dégage une énergie joyeuse car la pièce rassemble les publics à un endroit qui manifestement fait du bien.

5/ Quels sont aussi les retours de la presse ?

Excellents. Une très belle revue de presse.

6/ Quelles sont les prochaines dates et lieux de représentions d’Allers -Retours ?

Le spectacle sera joué du 29 janvier au 1er février 2019 au TAPS Scala de Strasbourg puis il sera en diffusion.

7/ Avez-vous une autre actualité en cours ?

Oui, je prépare avec Ludovic Longelin la création en Lecture de Maître et Serviteur de Léon Tolstoï, le 8 février à Boulogne-sur-Mer au Théâtre des Pipots.

Ludovic Longelin fait l’adaptation du roman et sera lecteur à mes côtés. Je ferai la mise en scène et Marc Roques, musicien compositeur sera aussi sur le plateau.

Deux autres spectacles en diffusion, La femme oiseau, à ce jour 235 représentations. Pièce que j’ai écrite et mise en scène d’après une légende japonaise et qui sera donnée en mars à Saumur et dans les Landes.

Face de cuillère de Lee Hall, plus de 150 représentations sera repris pour la troisième fois en mai prochain au Théâtre de Sevran.

Propos recueillis par Safia Bouadan

Distribution artistique :

Raphaël Almosni, Sylvia Amato, Alain Carnat, Laurent Desponds, Théo Kerfridin, Sophie Kircher, Marc Ségala, Marie-Céline Tuvache

Equipe de création

Scénographie Sandrine Lamblin

Musique Cyriaque Bellot

Costumes Jean-Bernard Scotto

Lumières Jean-Louis Martineau

Perruques – maquillages Judith Scotto

Régie lumières Emilie Cerniaut

Régie son Gaultier Patrice

Une production de la compagnie La Mandarine Blanche

En coproduction avec : Le Carreau – Scène Nationale de Forbach et de l’Est mosellan (en cours), Les Tréteaux de France – Centre Dramatique National, l’association Quai Est | Bernard-Marie Koltès dans le cadre de la biennale Koltès 2018

Avec le soutien du TAPS de Strasbourg

En coréalisation avec le Théâtre de L’Épée de Bois – Cartoucherie de Paris

L’Arche, agent et éditeur du texte représenté. Crédit photo : Grégory Marza

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