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Interview croisée entre acteurs et créateurs de la pièce satirique "Ceci n'est pas une saucisse "


1/ Pouvez-vous nous parler de la formation de votre duo, de votre parcours à tous trois interprètes et metteur en scène ?

Grégoire : Avec Alexis nous nous sommes rencontrés dans le même cours de théâtre. Très vite nous avons travaillé ensemble sur des textes du répertoire classique et nous nous sommes découverts une sensibilité artistique commune très forte ! En plus de cela, nous nous sommes rendus compte de notre complémentarité de jeu dans notre rapport l'un à l'autre, il y avait comme une évidence... Et nous nous sommes lancés dans l'écriture du premier spectacle de notre duo Guigue et Plo, Ici et là. Puis après plus de 200 représentations avec ce premier spectacle, nous avons eu envie de raconter une histoire différente mais toujours avec ce regard si particulier propre à nos personnages... Alexis qui avait par ailleurs déjà travaillé avec Thibault sur d'autres projets a immédiatement pensé à lui et nous nous sommes entendus à merveille tous les trois dans cet univers où nous nous amusons tant... Là aussi, avec Thibault, il y a comme une évidence, le travail est fluide et harmonieux !

Alexis : nous avons une formation classique, idéale pour jouer le plus sérieusement possible des situations incongrues. Avec Thibault, nous partageons une grammaire comique commune. Ça facilite grandement la communication. Je l'ai rencontré à une soirée, et je me suis dit qu'il n'était pas sinistre et autocentré comme peuvent l'être les comédiens et donc que c'était bon signe. On se rend compte que l'amitié est un terreau très fertile dans l'humour.


Thibault : Alexis avait travaillé avec moi sur un spectacle nommé Solaris. Nous nous connaissions déjà un peu et, lors d’un montage à Sèvre, nous avons passé la moitié de la journée à imiter Johnny Hallyday. Je me suis dis : « Tiens, voilà quelqu’un d’à peu près aussi dingue que moi, peut-être même davantage. ». Et puis, j’ai découvert Grégoire et le duo Guigue et Plo à Avignon dans Ici et Là. On s’entendait très bien, on connaissait les mêmes films par cœur, on pratiquait le même humour. Comprenez : on pouvait rire vingt fois à la même blague débile. Donc lorsqu’Alexis m’a demandé si je voulais les mettre en scène sur leur prochain spectacle, j’ai été évidemment honoré et j’ai dit évidemment dit oui.

2/ Quand l'idée a-t-elle germé de créer Ceci n'est pas une saucisse et comment une telle pièce a pu se construire à la mise en scène pour vous Thibault Truffert, Guigue et Plo ? Les étapes de création ?


Grégoire : Cette grande et magnifique expérience de notre premier spectacle a suscité en nous le désir de creuser encore davantage ce qui fait notre spécificité, notre singularité... Cela faisait donc un certain moment que nous songions à nous jeter à l'eau, à prendre des risques et à affirmer encore un peu plus qui sont Guigue et Plo. Les confinements successifs et la drôle de période que nous avons vécu ont vraiment accéléré ce processus !

Nous avons écrit chacun de notre côté, puis mis en commun la matière que nous avions à disposition... Nous avons véritablement cherché à exprimer avec ce spectacle, ce que nous avons dans le coeur : cet amour du théâtre, ce cri d'amour inconditionnel au spectacle vivant !


Alexis : le confinement a été un tournant. Je l'ai vécu comme une petite retraite qui nous permettait de me poser la question : en quoi suis-je essentiel en tant qu'artiste ? Et puis, une psychanalyse commençante simultanément m'a permis aussi d'utiliser la matière onirique : nos rêves sont à la fois révélateurs et très souvent comiques. Combien de fois rit-on à un petit-déjeuner en racontant son rêve de la nuit ? On s'est donc autorisé à faire rire avec quelque chose d'intime.


Thibault : Je n’ai pas participé à l’écriture de la pièce. J’ai reçu le texte il y a deux ans et je me suis dit : mais qu’est-ce c’est ? Dès lors, mon travail a consisté à essayer de répondre à cette question et à faire en sorte que le spectateur nous rejoigne dans cet univers absurde. Depuis, le texte a un peu changé, le spectacle aussi, et cela m’a permis de mieux comprendre là où allaient les auteurs/interprètes et à leur donner confiance dans leur message et dans leur jeu.

3/ Quelles ont été les difficultés rencontrées ? Depuis quand le spectacle dans sa forme définitive existe-t-il ?


Grégoire : Il nous a fallu plusieurs mois de lecture, de travail à la table, de discussions pour pouvoir organiser et mettre en forme ce que nous avons écrit... Une des difficultés a été de pouvoir rendre accessible au plus grand nombre cette forme étonnante de spectacle que nous avions à disposition... Et plus nous avancions dans les répétitions, puis dans les représentations, plus tout cela s'affinait... Cela s'affine d'ailleurs toujours un peu plus au fil des représentations ! Je crois qu'aujourd'hui nous commençons à éprouver une forme du spectacle qui correspond à nos attentes mais j'imagine qu'il va peut-être encore évoluer...


Thibault : Je pense honnêtement que la forme actuelle du spectacle n’est pas définitive, et qu’il y a peu de chance qu’on atteigne un jour ce point ! Quasiment à chaque nouvelle session, nous ajoutons et retirons des choses. C’est ainsi que ce spectacle vit. Je ne me souviens pas de difficultés majeures, en dehors du travail de recherche lié à tout processus créatif. Les choses se font assez naturellement. Quand ce n’est pas drôle, ou pas intéressant, on tente autre chose et on voit si ça marche.



4/ Parlez-nous de la scénographie très atypique et de la création audiovisuelle ?


Grégoire : Nous avions envie de rendre perceptible cette atmosphère de fin, de délabrement, presque d'abandon... Par ailleurs nous essayons de faire jouer même les plus infimes éléments du décor, afin que le moindre détail ait vraiment une utilité, raconte quelque chose, à la fois visuellement et plus concrètement dans l'histoire elle-même que nous racontons ! Pour ce qui est de la création audiovisuelle nous nous sommes vraiment amusés avec cette matière, et Thibault a joué aussi un grand rôle dans ce domaine ! Par cette matière audiovisuelle, on bascule dans le rêve, dans sa bizarrerie absurde et burlesque !


Alexis : la scénographie est simple mais se veut signifiante : tous ces papiers étalés par terre sont à la fois les reliquats d'un théâtre du passé et en même temps de possibles fenêtres ouvertes sur un avenir possible. Ces papiers se transforment en avions de papier, en mots, parfois en perruques… la (re)création se fait ici récréation à partir du délabrement.


Thibault : La scénographie est très épurée. Comme l’a dit Grégoire, tout ce qui est sur scène sert à quelque chose. Souvent à plusieurs choses d’ailleurs. Ainsi, Alexis a par exemple eu l’idée d’utiliser un dossier de chaise comme perruque dans des circonstances que je ne dévoilerai pas ici. Quant à moi, j’ai pu mettre à profit mes compétences en informatique pour me former sur du deepfaking, pour des raisons que je ne peux pas divulguer non plus. Mais c’était très drôle à faire.


5/ On devine l'influence de la patte cinématographique des frères Lumière ou de Méliès ?


Grégoire : Oui c'est exact ! Avec ce côté cinéma en noir et blanc ... On aime installer un cadre très référencé, très classique, avec une codification claire, pour ensuite y introduire des incongruités qui marquent !


Alexis : oui L'Arrivée du train en gare de la Ciotat a été une vraie inspiration. Et l'image entretient un rapport aux rêves inédits : nous rêvons des petits films, parfois même des séries avec des personnages récurrents et des scénarii complexes.


Thibault : Cette simplicité dans la narration a beaucoup de sens pour moi. Les contraintes techniques de l’époque ont poussé ces génies à mettre au point des plans simples, ingénieux et très efficace afin que le spectateur comprenne les choses les plus farfelues. C’est une très bonne inspiration !


6/ Pour le jeu burlesque et clownesque, avez-vous eu des modèles ? Quels personnages vous ont inspiré parmi nos célèbres Charlot, Harold Lloyd, les frères Stanley et Laurel Hardy ou Les Charlots ?


Grégoire : Personnellement Laurel et Hardy font partie de mes références, je les ai découvert tout petit et ils ne me quittent pas ! Et évidement Chaplin et tous ceux que vous avez cités font partie je crois de notre héritage commun, de ce que nous partageons presque intuitivement... Et puis dans Guigue et Plo, il y a ce rapport clown blanc/ auguste que l'on aime également mettre en scène et qui pour nous fait référence aussi à Louis de Funès et Bourvil, Poiret et Serrault…


Thibault : Oui. Concernant nos références communes, je citerais plus volontiers des grands acteurs du répertoire français : De Funès, oui, mais aussi tout la clique Rochefort, Noiret, Marielle etc. Il y en a beaucoup, à vrai dire ! Parmi nos comiques, je constate une parenté entre Guigue et le professeur Rollin, entre Guigue et Bourvil, par exemple.

7/ Quels sont vos publics : jeunes, moins jeunes, des passionnés du genre ? Un public inattendu ?


Grégoire : On espère toucher le plus grand nombre ! Ce n'est pas un spectacle jeune public mais je crois qu'à partir d'un certain âge (7-8 ans) on peut vraiment être sensible à ce que l'on fait... Et on aime bien faire en sorte que le public puisse se raccrocher à différents niveaux d'humour dans ce spectacle... Il y a ce que l'on raconte bien sûr, le texte, mais il y a aussi un fort comique de situation, des jeux de mots…


Thibault : Je dirais que cela ne dépend pas de l’âge, car plusieurs grilles de lectures existent et les plus jeunes peuvent y trouver leur compte. Cela dépend d’une certaine disposition au rire. Il y aura des personnes qui resteront de marbre devant un film des Monty Python, et d’autres, qui, comme moi, pleurent de rire devant ce genre de dinguerie. Nous touchons souvent les personnes qui aiment être surprises, qui sont sensibles aux jeux de mots, à l’absurde ainsi qu’au comique de situation.


8/ Quels sont les retours ?


Grégoire : le public est heureux d'avoir été cueilli, surpris !


Alexis : les gens nous demandent si on a fumé des saucisses.


Thibault : les gens nous demandent si nous suivons un traitement.


9/ Et en presse ?


Grégoire : la sensation d'avoir assisté à une proposition artistique forte !


Alexis : les journalistes nous demandent quel type de saucisses nous avons fumées.


Thibault : même constat. Honnêtement, certains ne voient tout simplement pas l’intérêt, d’autres raffolent complètement.


10/ Vous serez à Avignon pour le festival Off 2023 , pouvez-vous préciser vos dates, horaires, le théâtre où on pourra vous découvrir ?


Grégoire : Nous jouerons tous les jours, sauf les mardis, à 12h30 au théâtre Pixel Bayaf.


11/ Un message de tous trois si vous vous projetez, non pas dans vos cauchemars psychédéliques, mais dans une réalité moderne, que pensez-vous de l'avenir de l'artiste, du futur métier des acteurs-rices- et créateurs-rices- de théâtre ? Finirons-nous tous en chambre froide ?


Grégoire : Aha ! Non, nous ne finirons pas tous en chambre froide car le théâtre est un moyen unique de partager un instant de vie supérieur et je crois que nous en avons tous besoin !


Alexis : la chambre froide dont on parle, c'est aussi les formes qui sont figées, congelées, notamment dans l'humour ! Il y a certainement de nouvelles formes à inventer pour ne pas reléguer l'humour à un simple divertissement. La scène est vivante parce qu'elle est le lieu d'expérimentations et c'est comme cela que le théâtre vivra !


Thibault : Je pense que le théâtre est l’une des formes d’art les moins menacées par l’automatisation liée au monde moderne, dont l’un des exemples frappants est l’Intelligence Artificielle, parce que son essence est avant tout humaine. Pour le reste, je ne sais pas du tout !


Merci à tous trois pour cet entretien.


Ceci n'est pas une saucisse sera au théâtre PIXEL salle BAYAF du 7 au 29 juillet 2023 à 12h30 -relâche les mardis- dans le cadre du festival d'Avignon Off . Venez découvrir ce duo désopilant dans une comédie burlesque et survitaminée !


Propos recueillis par Safia Bouadan


10 rue de la Carreterie

86000 Avignon


Distribution artistique :

-Interprètes et co-auteurs :

Grégoire Roqueplo et Alexis Chevalier

-Metteur en scène et scénographie, deepfaking : Thibault Truffert

- Régisseuse : Lorita Perrot

-Scénographie : Rémy Gemble

Photographie de plateau : Philippe Lescalier




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